Essay: es relations de pouvoir dans le vernaculaire français.

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Au cours de cette rédaction je vais présenter les occurrences de manipulation et innovation dans la langue vernaculaire française d’aujourd’hui et identifier et examiner les relations de pouvoir qui y existent. Mon analytique se concentrera sur l’exemple du verlan avec un cadre de référence philosophique informé par mes études universitaires pendant mon année d’Erasmus, se basant par exemple sur les idées de Michel Foucault et Simone de Beauvoir, pour explorer comment le langage du quotidien peut être manipulé pour exercer une force de domination et pour propager l’idéologie, et comment, face à cela, l’innovation linguistique peut devenir un outil de résistance.

 

La langue française est reconnue depuis toujours comme le patrimoine et la fierté des français ; une entité unique qui les unifie et leur donne une identité partagée. L’existence de l’Académie Française, une organisation dévouée à la protection de la langue, fait preuve de la fierté que ressent la nation pour sa langue bien aimée. Selon son site- web ;

« La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. »

Cependant, il est aussi possible de trouver dans ce protectionnisme ardent une force de division. Les idées de « règles » et d’une langue « pure » peuvent révéler un élitisme intellectuel, et un nationalisme avec la capacité d’aliéner un grand pourcentage des citoyens, par exemple immigrés, qui se considèrent comme francophones.

 

Selon le linguiste éminent Ferdinand de Saussure, il existe deux niveaux principaux dans le langage ; langue et parole. Le niveau sur lequel l’Académie Française se concentre est celui de la langue ; un phénomène « supra –individuel » qui est officiel, écrit, et qui change très peu.

En revanche, la parole est la partie d’une langue qu’on parle et qui est, grâce à cet usage perpétuel, soumis à un développement constant. Avec cette distinction, la notion d’une francophonie unique se complique, et alors que la langue reste supra- individuel, la parole est plus personnelle et offre aux énonciateurs la possibilité d’innovation. Saussure explique dans son écriture comment la parole peut développer par usage et parle des « chances phoniques offertes à chaque instant par la langue à qui veut les employer » qui sont « à la base de la créativité linguistique » et ouvrent la possibilité de « hybridation » du langage.

Avec cette « hybridation » vient la codification du langage, et l’émergence des différents codes qui donnent des indices non-dits sur l’énonciateur, par exemple au sujet de son origine sociale ou géographique.

La relation entre ces codes, comme entre les groupes sociaux auxquels ils appartiennent, n’est pas neutre, et avec les occurrences d’innovation linguistique, la manipulation devient possible aussi. Avec la stratification linguistique de la société, on peut faire une analyse des relations de pouvoir dans la langue. Centrale à mon analyse sera la « théorie discursive » de Michel Foucault, un philosophe des années 60 – 80. La « théorie discursive » explore comment la société façonne le langage et révèle les rapports de pouvoir, et comment la parole devient une arme symbolique de domination ou de résistance.

 

Les idées de Foucault restent pertinentes dans l’actualité, et ont été adoptées par la discipline naissante de la médiologie. Comme les médias sont, dans leur forme le plus essentiel, un outil de transmission et de communication, la médiologie aura aussi une lourde portée sur l’analyse que je vais faire des implications et des sous-entendus des codes dans la langue du quotidien. En fait, les médias jouent un rôle moteur dans le développement et la propagation de la vernaculaire, à la fois informant et informés par la parole de la rue. Aussi pertinent à mon analyse est la tension entre autorité et démocratisation dans la manière dont les médias de masse transmettent des informations au public.

Dans le cadre de la médiologie, l’Ecole de Palo Alto s’intéresse à l’aspect relationnel de la communication, et la définit comme un espace de relations où il existe un équilibre de rôles, parfois égalitaire et parfois hiérarchique, dont chacun se définit par rapport aux autres. On trouve ici les idées centrales d’identité et de communauté, qui jouent un rôle très important dans le décodage des dynamiques de pouvoir entre les codes différents dans la parole d’aujourd’hui. Ces idées peuvent éclairer comment, par exemple, ces codes sont à la fois des moyens d’inclusion et d’exclusion dans la mesure qu’ils fournissent une sorte de conscience de groupe chez les personnes qui s’en servent.

 

La ville de Paris fonctionne comme un microcosme de ce phénomène socio- linguistique, avec une stratification assez nette de la société dont on peut élaborer une carte sociale selon les différences du parler, grâce aux effets de zonage urbain. Alors que la langue officielle et soutenue est contrôlée par le centre bourgeois avec l’Académie Française, l’évolution de la parole, et de la langue vernaculaire commence dans les banlieues, avec des occurrences d’innovations linguistiques provenant tout d’abord des classes populaires et immigrés.

L’exemple le mieux connu de cette innovation quotidienne, et celui sur lequel je vais me concentrer, est le verlan ; un code linguistique qui provient des classes populaires et immigrées dans l’environnement des banlieues. La construction du verlan consiste à couper un mot français en syllabes, et rassembler les syllabes dans un nouvel ordre. Par exemple, « verlan » est le verlan de « l’envers ».

Dans son article sur le verlan, Nathalie Lefkowitz le décrit comme la « culture » des banlieues et de la ‘zone’ Parisienne où les enfants, qui sont pour la plupart les immigrés de seconde ou troisième génération, se trouvent entre deux cultures linguistiques et sociaux et n’arrivent pas à trouver un groupe auquel ils puissent s’identifier. Cette difficulté d’identification peut mener aux problèmes sociaux et une subjectivité confuse chez les jeunes banlieusards, à qui ce nouveau code offrait une sorte de remède, et est devenu, à son début, une culture pour ceux qui n’en ont pas une.

 

La langue qu’on parle et sa façon de parler servent un double objet en ce qui concerne la subjectivité et l’identité. Ils façonnent à la fois la compréhension du monde et comment on se présente aux autres. En tenant compte de cela, on voit comment le verlan offrait aux jeunes des banlieues la possibilité de prendre possession de sa propre identité d’une manière qui n’aurait pas été possible avec le français traditionnel ou la langue maternelle de leurs parents.

Les codes linguistiques, comme le verlan, portent aussi des importances extra- linguistiques ; comme par exemple celui d’initiation ou exclusion en étant une forme de conscience de groupe, ce qui est illustré dans le film La Haine. Dans La Haine, le verlan est très important pour la caractérisation du film parce qu’il fait partie de l’identité des jeunes personnages dans une époque où le code n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui et par conséquent leur façon de parler était indicateur du statut social des trois banlieusards.

Le verlan est aussi approprié aux thèmes de violence policière et mécontentement social dans le film parce que, comme je vais élaborer, ainsi que définir l’identité des énonciateurs, les codes différentes servent des objets différents dans le discours et ont même évoluées de porter des valeurs symboliques.

 

Dans son article, Lefkowitz détaille les observations qu’elle avait fait des enfants de l’école où elle était professeure, et de leur usage du verlan comme une symbole de « révolte » à petite échelle dû à sa nature moins respectueuse et au fait qu’il les permettait de parler sans toujours être facilement compris par leurs ainés. Cependant, bien que Lefkowitz se soit concentrée sur le comportement des enfants, ses conclusions sont pertinentes à la société au sens large. En effet, elle explique que le verlan a toujours été associé à la dissimulation et l’activité criminelle, ayant été au début une manière pour les criminels d’éviter la détection. De nos jours, le verlan porte toujours un valeur symbolique en tant que refus subtil d’autorité et d’élitisme, en ouvrant aux jeunes des banlieues la possibilité d’un renversement de pouvoir à petite échelle, avec une langue qui est à eux, et qui dépasse la définition de simple moyen de communication et qui devient une force politique.

 

La culture populaire donne un aperçu des implications politiques des codes comme verlan. Par exemple, dans son livre « The Languages of Global Hip – Hop » Marina Terkourafi présente ses études sociolinguistiques sur l’usage des codes différents dans le musique rap français. Ces codes sont, ainsi que le français, principalement l’arabe, l’anglais et le verlan, et sont tous inclus dans les mêmes chansons mais dont chacun est employé pour exprimer une émotion différente, avec une valeur symbolique très spécifique. La prévalence de l’arabe et du verlan reflète le fait que le rap en France provient des banlieues et notamment de la classe ouvrière et immigrée. Terkourafi exprime que la valeur symbolique qu’on attribue au verlan est la résistance sociale et, par exemple dans La Haine, c’est devenu une façon d’exprimer le mécontentement de la classe populaire.

Pendant les émeutes de 2005, le président Sarkozy a catalogué les émeutiers comme « le racaille » et, dans son livre, Terkourafi donne l’exemple d’une chanson de rap ou le chanteur fait référence à cet évènement avec le refrain furieux de « caillera ». Cette transformation des mots dédaigneux du président en verlan représente un détournement notable ; les gens des banlieues démontrent un renversement subtil du pouvoir en refusant la catégorie méprisante qu’on leur donne et en réclamant le droit de se définir, dans leur propre langage. Dans ce cas, cette ‘langue du peuple’ n’est pas seulement anti pouvoir, mais devient une arme considérable de contrepouvoir.

 

Cette idée d’utiliser la langue vernaculaire en tant que résistance contre les élites reflète la philosophie de Roland Barthes, selon qui la liberté sociale commence au niveau linguistique. Il décrit comment « l’unité idéologique de la bourgeoisie a produit une écriture unique » et imagine une « utopie de langage » où de la pluralité linguistique remplace l’homogénéité didactique de la littérature bourgeoise, et la « pureté » que cherche l’académie française. Pour lui, rejeter la langue officielle était une façon de s’écarter de la classe bourgeoise, qui contrôle l’idéologie courante. Il se peut alors que cette émancipation linguistique puisse signaler non seulement une émancipation d’esprit et de penser, mais aussi le début d’une émancipation sociale.

La notion d’idéologie joue aussi un rôle primaire dans les théories de Michel Foucault. Selon lui, tout langage est « discours » et donc, par la définition foucaldienne du discours, tout langage est idéologique. Il a introduit le concept de « pouvoir- savoir » qui est l’idée que le pouvoir se base sur le savoir et utilise le savoir, mais aussi que le pouvoir façonne et manipule le savoir pour servir son idéologie. Ainsi, le pouvoir et le savoir deviennent indissociable et l’existence d’une vérité absolue n’est plus évidente. Comme la langue est l’outil de transmission du savoir elle devient aussi inséparable du pouvoir et, par conséquent, ne peut jamais être considérée comme neutre.

Le discours est donc, selon Foucault, un « dispositif » qu’utilise la classe dominante (la bourgeoisie) pour assurer la propagation de leur idéologie et de maintenir l’ordre sociale existante.

En revanche, pour Foucault, il existe une corrélation vitale entre pouvoir et résistance et, bien qu’il déclare qu’il ne soit « jamais » possible de maintenir une « position d’extériorité par rapport au pouvoir » les « points de résistance sont présents partout dans le réseau de pouvoir ». Et donc même dans le « réseau de pouvoir » de la langue française, il existe une marge de liberté ou de manœuvre, où les citoyens peuvent manipuler la parole afin de déclencher une petite résistance. En outre, comme avec les enfants dans l’article de Lefkowitz qui l’utilisait pour éviter que leurs conversations fussent facilement comprises, verlan peut représenter une tactique contre le panoptisme. Il se peut donc, que verlan soit un exemple de « là où il a y pouvoir, il y a résistance », avec les citoyens qui cherche la possibilité de plus de déterminisme linguistique, et par conséquent de plus de contrôle sur leur propre subjectivité. Dans cet esprit, on peut bien considérer chaque occurrence d’innovation dans la parole comme une démarche politique.

De plus, le verlan est, littéralement, un acte de déconstruction ; afin de créer des mots en verlan, il faut démonter les mots français originels et les reconstruire. La Déconstruction est un concept philosophique de Jacques Derrida qui contredit la définition du langage comme un système de signes que donne Saussure, qu’il trouvait peu satisfaisant. Selon Derrida, la langue n’est pas construite d’une relation simple entre signe et signifié, mais une file d’associations qui continue à l’infinie. Il n’existe pas, donc, de définitions concrètes ou absolues. En accordance avec l’analytique de Foucault, on peut considérer cet acte de déconstruction comme une démarche éthique et démocratique parce qu’elle exige, avec son refus de l’absolutisme et des définitions centralisées, la mise en question pas seulement des règles linguistiques mais de toutes les implications de langage et de pouvoir.

 

Avec l’évolution de la parole et la propagation des codes comme le verlan, la dynamique entre domination et résistance dans le réseau de pouvoir linguistique évolue aussi et devient plus compliquée. De nos jours, le verlan n’est pas réservé aux jeunes des banlieues, mais est devenu une norme supra- local, si bien connue par la majorité de la population française que certains mots ne viennent plus considérés comme argot. Par exemple meuf, qui est le verlan pour femme, est si courant qu’il mérite une deuxième transformation en feumeu. En effet, Lefkowitz adresse l’efficacité linguistique du verlan et elle fait l’éloge de sa capacité de « franchir des frontières de classe et résister au passage du temps ». Bien que cette capacité fait preuve des mérites linguistiques du verlan, qu’est-ce que ça veut dire pour son coté social et ses mérites de contrepouvoir ? Et est-ce que l’impact du verlan a été dilué à cause de son succès ?

Monica Heller explique dans son article « Language Choice, Social Institutions, and Symbolic Domination » les observations qu’elle avait fait dans les écoles en Ontario, au Canada, où la langue officielle est l’anglais mais une grande partie des élevés sont bilingues, dont l’anglais n’est pas leur langue maternelle. Elle décrit l’anglais parlé par des professeurs comme une forme de « domination symbolique », et le « code switching » chez les élèves comme « résistance », ce qui rappelle la conception des petites « résistances » dans les « réseaux de pouvoir » de Foucault.

Cependant, elle introduit une nouvelle complexité à cette relation entre domination et résistance en expliquant la possibilité d’une domination linguistique dans le sens d’assumer le code des « dominés » pour subvertir son pouvoir résisteur.

Souvent, comme explique Lefkowitz aussi, les élites françaises utilisent le verlan pour faciliter une identification symbolique avec les classes populaires, et pour démontrer une connaissance des tendances et des problèmes sociaux. Cette processus artificiel et calculé mine le rôle unificateur du verlan en tant que conscience de groupe et lui vole une partie de son pouvoir.

 

Ce rôle d’unification et d’identification que jouent les différences linguistiques dans la société parait naturel, et les occasions de « code switching » semblent souvent inconscients. Cependant, si on garde à l’esprit la présupposition de Foucault que toute parole est un acte avec une intention spécifique, les occasions de discordance entre l’énoncé et l’énonciateur servent d’exemple de comment la parole ne fonctionne pas seulement en tant que signe d’identité, mais aussi comme un masque.

 

Le déguisement linguistique entre souvent en jeu dans le discours politique, surtout sur l’estrade des médias de masse où les hommes politiques utilisent la langue vernaculaire pour construire leur image médiatique et pour se rapprocher au peuple.

Dans un article dans La Croix écrit par Solenne de Royer en 2009, le professeur de sciences politiques Paul Bascot discute l’usage de « parler-vraie » de Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle, et demande s’il s’agissait des « simples « gaffes » ou calculs ? » Le « parler- vraie » semble être, en surface, un langage de la transparence qui symbolise le refus des tabous, mais Bascot le trouve peu approprié à sa fonction présidentielle, et il fait référence à la codification du langage et l’importance d’adhérer à la valeur symbolique de ces « codes » ;

 

« Les langages du politique, la fonction présidentielle est indissociable de « codes », y compris discursifs. « Plus on monte dans la hiérarchie du pouvoir, plus on est soumis à des contraintes en matière de discours. »

 

Pour lui, franchir les barrières de cette hiérarchie de pouvoir discursif en refusant les « codes » de sa position et en adoptant une rhétorique et une vocabulaire plus simple n’est pas le « gaffe » d’un homme ordinaire, mais s’agit d’un « calcul » stratégique d’un homme politique. A son avis, la rhétorique de Sarkozy pendant son élection répondait « à trois objectifs : rechercher la proximité avec le citoyen de base, revêtir « les oripeaux d’une prétendue modernité » et détourner l’attention des vrais problèmes du pays, en incitant les médias et les Français à commenter la forme plutôt que le fond. »

« Les oripeaux » emphatise la fausseté de son discours « de transparence », qui devient un masque de fausse démocratie. En effet, même si cette « prétendue modernité » lui a aider à tromper ses électeurs, la juxtaposition frappante de cette rhétorique avec son attitude après l’élection fait preuve que Sarkozy n’était point au courant avec les « citoyens de base » qu’il rejetait comme de « racaille ».

Ainsi, bien que la langue courant dans le discours politique puisse parfois signaler un tour vers la démocratie, pour la plupart sa présence révèle une simple manipulation calculée qui vise à imiter la démocratie en service du pouvoir existant.

 

Il est donc évident qu’une nouvelle complexité existe dans le matrix pouvoir- résistance, et on peut supposer que, alors que les pouvoirs dominants évoluent pour répondre à la résistance linguistique, le marge de manœuvre dans le réseau de pouvoir devient de plus en plus étroit. En revanche, cette complexité n’écrase pas l’existence de la résistance, mais implique le besoin de nouvelles stratégies de résistance dans le réseau de pouvoir. Ces stratégies se manifestent dans la langue du quotidien et sont de la preuve que la « hybridation » de Saussure continue et s’adapte toujours pour se tenir au courant avec une société qui ne cesse jamais d’évoluer.

Dans les années 70, le chanteur français Renaud a publié sa chanson « laisse béton », ce qui est le verlan pour « laisse tomber ». Il explique, dans un entretien avec La Croix, comment, à l’époque « c’était très nouveau, très jeune » mais qu’aujourd’hui « Tout le monde sait ce que signifie « laisse béton » », et que par conséquent, maintenant, avec la familiarité, l’usage du verlan dans la chanson a perdu sa capacité d’attirer l’attention du public. Dans l’entretien, Renaud explique son point de vue envers le futur du verlan, disant ;

 

« Le verlan n’a plus la cote. Il a été très employé dans les années 1980-90 mais c’est devenu ringard. En revanche, les emprunts aux langues étrangères ont davantage le vent en poupe. Il y a ainsi les terminaisons en « ave », comme « se pachave » (se coucher) d’origine tzigane. Mais surtout, il y a les emprunts au créole ou l’arabe. Ainsi le mot « ouèche” », qui signifie en arabe « qu’est-ce que ça veut dire? », est très populaire. Les jeunes emploient ces mots même s’ils ne parlent pas arabe… ce qui est intéressant à noter, c’est que lorsqu’une nouvelle forme de langage ne fonctionne pas, quand la communication n’arrive pas à passer, ça s’arrête. C’est un peu d’ailleurs ce qui est arrivé avec le verlan. »

 

Comme explique Renaud, bien que le verlan existe toujours, la langue de résistance se transforme. En revanche, il se peut qu’il « ne fonctionne plus » non sur le niveau de la communication comme dit Renaud, mais à l’échelle symbolique, à cause de son adoption par les élites et les hommes politiques qui l’a volé une partie de son pouvoir perturbateur. Cependant, avec cette « hybridation » en tant que fusion des mots français et étrangers, les jeunes et les citoyens immigrés trouvent toujours leur propre voix qui les écarte de la voix didactique et « pure » des élites, et maintiennent le pouvoir d’encadrer leur subjectivité dans, littéralement, leurs propres mots.

 

Cette notion du droit de définir sa propre subjectivité est centrale aussi dans le discours féministe, qui met aussi l’accent sur l’importance du langage, dont une fonction primaire est la classification et la définition. A l’échelle linguistique, cette fonction s’agit d’un système neutre qui nous aide à comprendre le monde qui nous entoure. En revanche, comme j’ai déjà élaboré au cours de cette rédaction, la langue est beaucoup plus compliquée que des simples relations entre signe et signifié et, en revanche, chaque élément se trouve inextricablement lié aux réverbérations idéologiques. Dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir discute comment la subjectivité se forme, grâce à la classification de « sujet » et « autre ». Elle déclare « Aucune collectivité ne se définit jamais comme Une sans immédiatement poser l’Autre en face de soi » « L’humanité est mâle » et donc la femme devient « l’Autre », même dans sa propre conscience, « l’être relatif » Pour les femmes, comme pour les jeunes de la banlieue, la langue est cela qui façonne la subjectivité, mais contrairement aux banlieusards, les femmes n’ont pas une voix unique aux hommes. Dans l’introduction de Le deuxième sexe, de Beauvoir discute comment la parole masculine que les femmes assimilent les piège dans cette position d’altérité ; « Les prolétaires disent « nous ». Les Noirs aussi. Se posant comme sujets ils changent en « autres » les bourgeois, les Blancs. Les femmes…ne disent pas « nous » ; les hommes disent « les femmes » et elles reprennent ces mots pour se designer elles- mêmes »

Dans ce passage elle démonte le pouvoir du langage en ce qui concerne l’auto définition. Sans le « nous » les femmes n’ont pas accès au même subjectivité et voix unique qui est pour autres « collectivités » la route vers l’autonomie et le déterminisme.

Historiquement, la femme peut se trouver dans une position de privilège et en même temps venir toujours subjuguée par les hommes du même niveau social, ce qui implique une double complexité chez les femmes des groupes minoritaires. Est- ce que, pour elles, le verlan ne soit pas suffisant en ce qui concerne l’auto définition parce qu’il est toujours masculin? Ou est-ce que, en fait, il représente chez elles une double résistance en étant une remise en cause de toute langue et pouvoir.

Il vaut toujours garder à l’esprit la différence entre les femmes dans la société et prendre en courant le statut et la subjectivité de la femme minoritaire et l’intersection de la domination gendrée et racialisée à laquelle elle subit parce que, en fait, une femme peut exercer une force de domination sur une autre.

 

Ces distinctions deviennent plus importantes quand on observe les occurrences et la représentation de la voix féminine dans l‘espace publique, et comment les femmes de pouvoir se comportent en contraste avec les hommes. Si on examine la rhétorique politique de deux politiciennes ; le discours de Ségolène Royale par rapport à celle de Sarkozy pendant les élections présidentielles de 2007, et celui de Marine Le Pen pendant les élections de 2017, on trouve une narrative féminisée. Elles se présente posément “en tant que mère” et donc mettent l’accent sur leurs identités de femme et de mère. On peut dire qu’il est peu remarquable que ces deux femmes adoptent la même narrative malgré leur orientation politique parce qu’elles s’accordent à la définition que la langue et la société leur donne en tant que femme. Cependant, ce faisant elles juxtaposent deux narratives qui, historiquement, se divergent ; celle de la femme de foyer et celle de la politicienne. Elles prennent les stéréotypes la féminité traditionnelle et les redorent en symboles de pouvoir. Comme avec le discours de Sarkozy, il faut considérer le choix stratégique qu’y a eu lieu et on ne doit pas oublier l’existence des strates sociales, et le rapport de Ségolène Royale et Marine le Pen aux autres « mères » et femmes dans la société, sur qui elles exercent, ou cherchent à exercer, le pouvoir de l’état. Il se peut, alors, que cette rhétorique soit le double des “gaffes” de Sarkozy et un exemple de la fausse démocratie qu’elles utilisent pour s’identifier avec les femmes normales, disant qu’elles sont, essentiellement, simples mères comme elles. Comme écrit Charlotte Lazimi, Marine le Pen « tente de jouer la carte « femme » » mais « son programme est à l’oppose de cette affirmation. D’abord parce qu’elle défend une idée rétrograde de la femme, attachée au foyer et à ses enfants. » Ainsi, les « oripeaux » de sa rhétorique sont en contraste avec le fond, révélant une stratégie à peine masquée en honnêteté.

Est- ce que, alors, ces femmes ont choisi cette rhétorique de femme normale seulement au but de manipuler leur publique ? Ou est-ce qu’elles prennent ce qui est traditionnellement féminine pour l’utiliser en symbole et en position de pouvoir afin de miner le déterminisme social et biologique ? En effet, dans leur discours il y a la possibilité d’une double interprétation ; soit elles font une déclaration féministe, soit une manipulation du publique. Ou, en fait, tous deux, parce qu’il est peut-être naïf de supposer que tout mouvement vers l’égalité social vient réalisé sans aucun cynisme.

 

 

En somme, le langage et le pouvoir sont inextricablement liés, et par conséquent cette partie essentielle de l’homme vient construite des tensions et des oppositions, par exemple de l’honnêteté et de la stratégie, et de la liberté et du contrôle. Ainsi, le langage qui construit les barrières et les codes de la société offre aussi la possibilité de les franchir. Pour tout occurrence de domination il existe une réaction humaine ou une marge de résistance où le sujet réussit à refaire la parole dominante pour façonner une voix qui est à eux. Ce faisant, un groupe ou un individu retrouve un peu de déterminisme en forme d’une innovation linguistique qui leur offre la capacité de se définir et de construire sa propre subjectivité. Comme tous les autres aspects de la société, le langage est soumis à un développement continu et la relation entre domination et résistance devient de plus en plus complexe avec le temps dans le sens qu’il s’agit d’une évolution au lieu d’arriver à une résolution.

Avoir un aperçu des relations de pouvoir sous- textuelles de la parole peut offrir une compréhension approfondie de la société en entière, toute en nuance.

 

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